MARTOLODED PLOUGERNE

Association de propriétaires de bateaux du patrimoine (Plouguerneau, Finistère nord, Bretagne)
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AN TRI VREUR, sloup goémonier Le Got 1950     (validation en cours par MS)

"Histoires de passions"



Origine

Construit en 1950 à la demande d’un ligneur de Portsall, ce bateau de 7mètres, baptisé lors de son neuvage « Jeanne d’Arc », n’a de goémonier que l’origine du chantier naval.


En effet, Théophile le Got, patron de ce chantier, possédait ce rare talent qu’est le sens de l’esthétique dans ces outils maritimes.
Il ne construisait que des bateaux creux, au formes pleines et au entrées d’eau fines ; soit un mélange savant alliant la capacité de charge et des lignes de carène fines du brion au massif d’étambot.
Ce coktail permettant à ces bateaux de travail de charger un tonnage conséquent de goémon dans une hauteur d’eau très restreinte, tout en restant de redoutables marcheurs à la voile.
Yvon le Corre, lors de sa quète éternelle sur les côtes de Bretagne, avait remarqué cette élégance de forme sur ces coques de goémoniers retournées sur la dune à Saint Michel (Plouguerneau), dans l’attente d’être coltarées. Il les a
même comparé aux hookers irlandais !

On retrouve dans An Tri Vreur cette élégance typique des le Got, avec un franc-bord plus haut, un retour de galbord et un tirant d’eau plus prononcé que chez ses cousins de Plouguerneau, l’utilisation de ce bateau étant plus axée sur la pêche, requérant ainsi une tenue à la mer plus poussée.
Sa taille, en revanche est peu commune pour un le Got ; en effet, Théophile n’aurait construit que deux goémonier de 7 mètres, cette longueur étant handicapante pour les manœuvres de déchargement et de récolte du tali (goémon).

Historique

« Jeanne d’Arc » prit donc la mer pour quelques années , croisant au large de Portsall. Malheureusement, son patron se noya en passant par-dessus bord… Le bel outil resta au sec, puis fut racheté à la veuve du ligneur par Jean-Pierre le Moign, artisan charpentier métallique de Crozon, le 23 décembre 1982. Ce dernier utilisa uniquement la coque motorisée pour la pêche en plaisance.

Selon les dires du propriétaire suivant, le bateau était dans un état inquiétant lors du changement suivant de propriétaire..
En effet, N. B. découvrit cette belle coque sur un terre-plein et eut le coup de foudre. En compagnie de ses deux frères, ils rachetèrent « Jeanne d’Arc » le 17 janvier 1985 et le rebaptisèrent « An Tri Vreur » (les trois frères en breton).
De ce nouveau baptême naquit une passion.

La passion « Barré »

Lors de la restauration qui suivit, N et E, son frère ainé, soucieux d’exploiter au maximum les capacités véliques et maritimes de ce bateau, apportèrent quelques modifications notoires :
- Recul du pied de mât de 30 cm
- pontage de l’avant jusqu’au mât
- Rehausse de la quille de 25 cm.

Le jeu de voiles (grand-voile et trinquette) fut étoffé d’un petit foc de 5.6 m² sur bout-dehors, afin de rétablir l’équilibre modifié par le recul du mât.




Par la suite, afin de mieux « asseoir » cette coque de travail dans ses lignes et profiter ainsi au maximum du plan anti-dérive fraîchement rehaussé, N, élève à l’Ecole Navale, récupère les anciens contrepoids des grandes verrières du dortoir de l’école. Ces longues pièces de fonte calées dans les fonds permettent de caler le bateau sur son bouchain, évitant ainsi le « dérapage » typique des le Got aux allures de près.

A l’issue de ces changements, An Tri Veur put faire route à nouveau, quittant son nouveau port de mouillage basé à Lanildut pour de belles croisières entre frères, longeant nos si belles côtes du Finitère nord, mais aussi la rade de Brest, Douarnenez en 1986 puis 1988, lors des premiers rassemblements de passionnés « old gaffers ».



A ce sujet, la revue « le Chasse Marée » publia le récit de N. B relatant cette aventure que fut Douarnenez 88 :

« Après deux années d’une longue attente, Douarnenez allait de nouveau ouvrir son port aux vieux gréements. Les rumeurs allaient bon train et laissaient présager l’ampleur de l’évènement. Il n’y avait plus de temps à perdre car An Tri Vreur avait incontestablement laissé de son panache dans la houle et le vent du Dellec. Il fallait mettre la main à la pâte, ou plutôt au pinceau, pour lui rendre son éclat d’antan. La grève du petit port de Sainte-Anne convenait très bien à cette grande lessive.
Echoué sur la plage, non loin de Guy le Cornec et de son coquiller Dizro Mad, An Tri Vreur était l’objet de toutes nos attentions. Beaucoup d’amis se joignirent à nous et Douarnenez était sur toutes les lèvres.
Derrière la solidarité des gens de mer qui ne refusaient jamais un coup de main, se tramait la volonté à peine dissimulée d’être le plus beau, et ceci au grand bonheur des touristes qui ne tarissaient pas d’éloges sur les quatre bateaux qui encombraient maintenant la plage. Tannage de la voile sur la grève, peinture, traitement des ferrures et des boiseries ; coques et équipages étaient tous fin prêts pour le grand départ. (…) »

Ces retrouvailles entre gens de mer passionnés de ces chers vieux outils de travail ou de loisirs ne sont que les débuts d’une suite d’évènements connus de tous : Brest 92, puis les éditions suivantes… Tant de fêtes à la mémoire de ce patrimoine naval !





Photo Chasse Marée - Douarnenez 88

Courant 1991, An Tri Vreur connut une nouvelle restauration d’importance. Suite à un incident avec un bateau voisin de mouillage, N. confie An Tri Vreur au chantier Squiban de Ploudalmézeau.
Le père Squiban changea le haut du tableau défoncé au mouillage, puis inspecta les fonds et décela plusieurs faiblesses aux varangues qu’il changea, ainsi que quelques bordés de fond



Anecdote amusante : lors de son inspection du squelette du bateau, il grogna : « Ah ! Sacré Théo ! On reconnaît bien sa patte.. Les pigouillers n’avaient pas le sou, alors il rognait sur le bois ! » En effet, très souvent, les goémoniers n’avaient pas de chapeau de quille.

Retourné sur son mouillage de Lanildut, An tri Vreur repris la mer, mât rallongé et paré d’une nouvelle trinquette de 11 m².


Ca
lage                                                                                                                            Sortie du chantier


Sur la route                                                                                                  En attendant la marée

Mâtage                                                                                                    Cap sur le mouillage




Trinquette tangonnée                                                                                                Allure de près

Puis vint le premier rendez-vous de Brest 92 qui permit de retrouver les amis et de rivaliser avec les grands :


Extrait du Télégramme. Mouillage au bassin 3


Les années qui suivirent furent riches en navigation, puis An Tri Vreur fut remis au sec pour de gros travaux de fonds :

- Membrures cassées à changer
- Bordage tribord refait (œuvres mortes)
- Dépose du moteur

En 1996, les frères B.firent l’acquisition d’un sloup anglais de belle plaisance de 1939. Le confort et la grande taille de ce voilier permettant des croisières plus longues, le goémonier resta au sec, jusqu’au jour où Nicolas décida de s’en séparer.



Suite de l’histoire à suivre bientôt…

Restauration
 Après une participation active au cours de l'été 2004, An tri Vreur a pris ses quartiers d'hiver sous forme d'une grosse restauration : changement de l'étrave, multiples bordés, sans compter quelques membrures, et varangues... Notre goémonier est bien fatigué après 56 ans de bons et loyaux services ! En 2004, la garde-robe fut revue à la hausse (voilures neuves), il est normal de s'occuper maintenant du reste. Pour ceux qui le souhaitent, la restauration est visible au chantier Atlante, à Lilia. 

 
Restauration AN TRI VREUR
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