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LE SAINT PAUL, sloup goémonier Le Got du Koréjou (1959) (texte JY.B) AR VAG « ST PAUL » BR 267 644 ( anc. BR 7270 ) 
 1) Naissance et renaissance du ST PAUL
J’ai grandi sur la rive droite de l’Aber Benoît, dans le bois de Le Roual à Lannilis.
J’ai grandi avant de naître. Mes élancements, mes courbes s’arrondissaient, et printemps après printemps montaient vers le ciel . En moi affluaient la puissance de la terre, celle de l’eau, de l’air et du soleil, en moi la sève montait et déjà je devenais joyeux.
Bien des années plus tard un œil avisé, expert, sage et tranquille est venu me choisir. Bientôt ma quille s’abattît sur le riche terreau nourricier. Nous étions à l’hiver, juste au moment où la lune est favorable.Mon étrave, mes côtes furent aussi choisies avec grand soin.
Je pris la route de Plouguerneau. Je me retrouvais parfaitement disposé en plateaux, au frais, à l’ombre vers le nord. Le temps pour moi se figea. Un jour Paul vînt au chantier. Je devais avoir ces dimensions : Théo acquiesça, bientôt j’allais naître. Un matin, de puissantes mains habiles me sortirent de ma léthargie et commencèrent à me donner la vie.
Avant la sortie du chantier, Jean, mon patron, m’a copieusement passé les fonds au coaltar à l’aide d’une énorme brosse, le temps d’un café pour les charpentiers surpris à leur retour par l’ardeur déployée et la quantité de produit utilisé. Les charpentiers me voyaient plutôt porter un « maquillage » fin et léger; raffiné de femme coquette !
En mars 1959, je me retrouve flottant dans mes lignes au petit port du Koréjou. La satisfaction de Théo se lit sur son visage, son chef d’œuvre est comme il l’a imaginé, rêvé et solidement construit.
La carène très exactement assise sur l’eau, le franc-bord relativement bas de 0,65 m à l’arrière s’élance harmonieusement vers le mètre dix de l’étrave. Mes autres mensurations sont de 6,10 m hors tout, 2,58 m de large, 0,80 m de pied dans l’eau au plus profond de ma longue quille en différence. Mon étrave est pratiquement perpendiculaire à la flottaison d’environ 5,80 m.
Jean, le fils de Paul, commence alors une prometteuse carrière de goémonier. A cette époque le laminaire -en breton : tali - se récolte manuellement. Des faucilles à long manche permettent de couper les stipes en profondeur et l’habilité et la rapidité du goémonier arrivent à les ramener à bord, déjouant la pression du courant et l’éventuel clapot qui cherchent à lui dérober son butin. « Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front », il n’y a pas de maxime qui convienne mieux alors au métier de goémonier . Le scoubidou, portion d’arc de cercle hélicoïdal en fer rond muni d’un long manche actionné depuis le canot à la force des bras épuise l’homme et lui casse les reins . Rude métier, heureusement aujourd’hui mécanisé.
Deux ans plus tard, alors que l’été approche, j’attends au mouillage le retour de toute la joyeuse équipe qui a fait terre à l’aide de l’annexe sur la plage du Vougot. Nous sommes, je crois un dimanche et tous ne regagnerons pas mon bord. L’annexe trop chargée peut être, est chavirée par un rouleau. Désastre ! Deux noyés. Jean ne me reverra plus ...
Je suis seul. Le ST PAUL est en deuil.
Plus tard, contre une promesse tenue à sa mère, François - appelé : Saïk devient mon nouveau patron. Jusqu’à son décès en 1995 nous naviguerons heureux et fiers, armé à la petite pêche côtière. Saïk était une force de la nature avec des paluches comme ça, il ne s’est jamais équipé de vire casier, tout à la main, c’était aussi un fin pêcheur à la ligne.
Je navigue encore pendant de belles années, mais mon patron fatigue de plus en plus. Un matin j’attends en vain son retour. Les jours passent, Saïk a rejoint le doux paradis des marins, je ne le reverrais plus. Les mois s’ajoutent aux mois, mois noirs et pluvieux des hivers, moi aussi je fatigue de plus en plus, mon état se détériore. Ma coque de couleur bleu ciel, mon liston blanc et ma préceinte rouge se vérolent. Déjà je sens des bestioles qui commencent à me dévorer, les cloportes s’attaquent à mon étrave, les vers réduisent en poussière tous mes hauts, mon tableau, mon banc arrière ... Je me prépare au pire, je vais mourir.
Pourtant, plusieurs fois une main que je devine amie est venue me caresser. Je sens sa chaleur qui se diffuse, mais j’ai honte de mon état. La verdure a envahi l’intérieur, mon plancher flotte sur cette eau douce tombée du ciel, poison qui s’insinue en moi. . Ah ! Déchéance. D’autres fois, je sens le regard qui dirige cette main amicale posé sur mes bordés. Je ne suis plus seul ! Il est encore temps, avec un peu de chance, je ne terminerai pas noyé. Je m’enfonce de plus en plus souvent sous toute cette eau douce, je surnage tant bien que mal mais bientôt une tempête automnale arrachera sûrement mon étrave et ça en sera fini !
Un beau matin d’octobre, mon ami est revenu. Le soleil brille. Jean-Yves est là, tout autour de moi, il foule le sable de la grève d’un pas assuré et décidé. J’ai un nouvel ami.
Voilà 3 ans que j’étais seul, abandonné, il faut que je me prépare à un nouvel avenir. Nous sommes à l’automne 1998.
Ma renaissance va durer 9 mois.
Restauration 98/99
L’été 1999 me revoit à nouveau tout pimpant au petit port du Koréjou.
Après cette importante remise en état , Jean-Yves , est devenu mon 3 ième patron.
Cf CM N° 141 - St Paul apparaît en page 3, lors de la fête du goémon en 2000
2) Les propriétaires successifs
1959 / 1961 :
Lancé en mars 1959, le ST PAUL est commandé au chantier Théophile Le GOT de Plouguerneau par Paul Roudaut pour son fils Jean qui, au sortir de son service militaire, se met à récolter le Tali (Laminaria Digitata).
1962 / 1995 : Francois Balcon dit « Saïg Ar Rouz » 1998 / aujourd’hui :
Jean-Yves B, peut-être dit « Yon Marne » ou « Jaïg Marne », si la tradition des surnoms s’était maintenue en Pays Pagan …
3) Activités
Au neuvage en 1959 , pendant 2 ans (avant le dramatique accident ) une trop courte carrière au rude métier de goémonier avec Jean . Sûrement aussi une activité de pêche – de subsistance.
Dès 1962, avec Saïk , le Saint Paul est armé à la petite pêche :  - Aux casiers regorgeant d’araignées de mer, de « dormeurs » (tourteaux), de homards, de « crabes sardines » (étrilles) , de langoustes ! - Pêche à la ligne aux splendides lieus jaunes, bars , maquereaux , dorades. - Au filet de fond pour la pêche de lottes, morues, raies, carrelets et soles. - Au filet calé à la côte, entre le bateau et une roche, un guetteur à l’affût sur le rocher donne le signal pour piéger les bancs de mulets, en refermant le filet.
Saik ( le 2ième propriétaire) sortant du port du Korejou, par calme choque.
Depuis 1999 , le Saint Paul renoue avec son passé.
 JY, l’actuel propriétaire du St PAUL, relevant ses casiers à araignées de mer .
Je le fais naviguer toute l’année à la petite pêche de plaisance ( casiers, palangres , et ligne, filets exclus, je les trouvent trop destructeurs ) comme au temps de Saïk, avec moins de succès il est vrai, tant la ressource marine se trouve surexploitée …
A la saison estivale , le St Paul a permis quelques récoltes familiales de pioca (carraghénanes), renouant ainsi symboliquement avec son activité de neuvage.
Le pied de mât, toujours d’origine, m’a décidé à regréer le St Paul. Ah ! les bateaux sans mât !
J’ai alors découvert le sublime charme de la voile et de la croisière sur un vieux gréement.
A compter dans les premières croisières un « pélérinage », en juillet 2001 à l’Ile de Batz … ( où St Paul a terrassé le Dragon , dit la légende )
De prestigieux et savoureux rassemblements maritimes ont suivi : DZ 2002, Brest 2004, le Festival Kann al loar à Landerneau 2004.
La participation en juillet et août 2005 au son et lumière « Pêcheurs de Goémon » avec la troupe de Goulch’an Kervella « Ar Vro Bagan » dans l’écrin des roches de Ménéham en Kerlouan nous a fait connaître des moments chaleureux d’une intensité rare.
A l’été 2006, Saint Paul a augmenté son rayon d’action, qui va pour l’instant de Ploumanac’h 2006 à DZ 2006.
Ce sont les deux escales les « plus lointaines » jamais atteintes par le St Paul, mais, sans exclure aucune autre, ce sont 2 escales de rêve !!!
JYB Plougerne, le 21 décembre 2006
ST PAUL
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